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Se choisir et décider d’exister

J’adore lire. C’est une passion qui m’accompagne depuis le CP. En gagnant la possibilité de découvrir le monde par mes propres moyens, la petite fille que j’étais a acquis le plus beau des pouvoirs.

Je lis lorsque je ne sais pas quoi faire. Je lis pour apprendre. Je lis pour me divertir. Je lis encore plus fort lorsque mon attention est piquée par un récit qui ne me lâche plus.
Et surtout, je lis parce que j’en ai envie ! 

Alors quand l’un des plus grands joueurs de tennis déclare, en quatrième de couverture de son propre livre, qu’il déteste le tennis, sa discipline, le sport qui l’a hissé sur tous les sommets, quelque chose s’anime en moi. Ma curiosité est saisie. 

Je veux savoir, parce que j’ai besoin de comprendre. J’ai envie de connaître son histoire, le cheminement de son regard, car son annonce allume plusieurs réflexions dans mon esprit, dont une qui revient comme une ritournelle :

Comment peut-on consacrer autant d’années de vie à faire quelque chose
qui nous déplaît ou pire, que nous détestons ?

C’est donc bien le sujet du libre arbitre et non celui du tennis qui m’a amenée à ouvrir le livre Open d’André Agassi


Alors je lis, je me plonge dans les souvenirs de sa mémoire. 
Ceux d’un enfant qui n’a pas choisi le tennis.
Ceux d’un jeune homme devenu joueur professionnel par défaut. 
Ceux d’un individu conditionné à répondre aux attentes des autres – imposées ou prétendues – sans savoir comment faire autrement. 
Et aussi, ceux d’une personne qui a cessé d’être pour exister entre les lignes du court de sa propre vie. 

Bien plus que son style, ses exploits ou ses histoires de cœur, André Agassi nous livre une démonstration, une leçon de vie qui, à mon sens, pourrait se résumer dans ses quelques lignes (page 5601) : 

« (…) je ne leur expose pas ce qui me motive. 
Je ne peux pas, parce que je suis moi-même en train de le comprendre progressivement. 
Je joue, et je continue de jouer, parce que je choisis de le faire. 
Même si ce n’est pas notre vie rêvée, on peut au moins la choisir. 
Peu importe ce qu’est notre vie, c’est le fait de l’avoir choisie qui change tout »

Avec surtout ce mot inscrit en italique dans le texte : « choisis ».

Car malgré ce désamour pour le tennis, dont il ne se cache plus aujourd’hui, André Agassi a choisi. Il a choisi de son propre chef de continuer de jouer au tennis.

Il a exercé son métier pour différentes raisons, car dans la vie, rien ne repose sur un seul motif.

Durant de nombreuses années, André Agassi a joué parce qu’il pensait ne pas pouvoir faire autrement. Il avait été éduqué dans cette idée. Il était doué. Il se sentait incapable de faire autre chose. Et puis, exercer son métier lui assurait une rémunération.

Au-delà de son parcours hors du commun, André Agassi n’en reste pas moins un humain confronté à l’une des situations les plus basiques de la vie professionnelle : faire un travail qui déplaît pour, notamment, conforter nos besoins primaires et nos bénéfices secondaires2

C’est pour cela que certaines lignes de son histoire peuvent rebondir sur les nôtres. 

Seulement, à force de pas chassés sans jamais quitter la balle des yeux, André Agassi a fini par faire le pas de côté. Cet appui différent des autres, qui permet d’observer une même situation sous un autre angle et de trouver l’inconnu dans le connu, la nouveauté dans la routine, la chaleur dans la froideur.

Il a choisi de regarder ailleurs pour voir loin, plus grand et aussi plus beau. 

Au fil des balles perdues, des coups renvoyés, des services impeccables et des matchs minables, André Agassi a fini par trouver l’évidence : être, c’est faire acte de présence et accomplir par obligation ; tandis qu’exister, c’est sentir sa propre présence et l’accomplissement de ses actes par choix.

Au tennis, servir le match, ce n’est pas se mettre à la disposition de l’autre, bien au contraire ! Le service est un instant suspendu, le seul moment qui repose uniquement sur la personne qui tient la balle. Un moment où tout est envisageable, puisqu’il est possible de décider où, comment la balle sera lancée et surtout dans quelle intention : réussir son entame ? entrer dans le jeu ? déstabiliser l’adversaire ? prouver sa valeur ? marquer le point ? finir le match ? s’amuser ? monter en compétences ? gagner de l’argent ? lever des fonds ? 

Qu’est-ce qui nous motive à faire ce que nous faisons ? Une question qui s’invite et se renouvelle à chaque balle lancée, car rien n’est jamais figé puisque nous sommes perpétuellement en mouvement. 

Dès lors, s’exposer sur un court de tennis peut prendre une toute autre dimension lorsqu’on décide du motif pour élever la balle dans les airs et qu’on se met en mouvement en fonction de cette décision.

Aujourd’hui peu de personnes vivent leur vie de rêve, c’est pour cela que rares sont les salariés qui exercent un métier répondant à leurs idéaux. C’est une réalité composée d’éléments multifactoriels auxquels s’ajoute parfois le seul fait que tout le monde ne ressent pas le besoin de travailler pour rêver.

Alors comment faire ? 
Comment consacrer sciemment et volontairement près d’un tiers de sa journée à quelque chose qui nous déplaît ? 

Comment consentir à l’ennui, à l’inconfort, aux attaques, aux silences, à l’insensé ou même à l’indécent, lorsque nous estimons que partir n’est pas une option puisque notre libre arbitre en a décidé autrement ? 
Comment mettre un terme aux grincements de dents, pour ne plus continuer à fermer les yeux au risque de commettre une faute, de se blesser ou pire, de se donner le sentiment de jouer contre soi-même une partie mal engagée ?

D’autant plus que dans cette partie, dont je vous parle, c’est bien vous la personne décisive : celle qui est au cœur du plan de jeu. 

Nous oublions souvent que nous sommes le centre, la source, le point de départ des trajectoires des balles de notre vie. 
Nous ne sommes pas le point d’impact des coups mal reçus. 
Nous sommes l’origine. 

S’en rappeler, c’est reprendre le service. 
Se le rappeler, c’est sentir que la partie peut encore se jouer, car à cet instant, vous tenez votre raquette dans votre main. 

Vous êtes bien plus qu’un nom sur une feuille de match. 
Vous êtes au cœur de la partie puisque votre temps réglementaire n’est pas fini. 

C’est pour cela que dans mon prochain article, je vous livrerai des pistes pour dessiner votre propre plan de jeu pour la rentrée. 

Philici Neff Moreira, Sophrologue

  1. Extrait tiré du livre Open – André Agassi, éditions J’AI LU ↩︎
  2. Bénéfice secondaire : conséquence d’un comportement limitant ou d’une situation difficile vécue inconsciemment comme un effet positif (ex. se mettre en difficulté pour recevoir de l’aide et compenser inconsciemment un besoin de soutien) ↩︎
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