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FRANCE 98 – Voir ce qu’il y a à voir et mourir tranquille

Le 12 juillet 1998, Thierry Roland a marqué d’une phrase culte la fin de la compétition qui a changé la vie des Bleus d’Aimé Jacquet pour l’éternité : « Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille. Enfin, le plus tard possible, mais on peut… ».

Cette réplique, qui illustre l’explosion d’une émotion, témoigne d’un pur instant de joie. Une déclaration brute et authentique, qui a fait résonner à nos oreilles l’idée d’une mort tranquille. Un oxymore inattendu présentant la mort de la plus belle des façons. Puisque contre toute attente, la mort et la joie communiaient en prenant les téléspectateurs pour témoin.

Pourtant, que ce soit à 20, 50 ou 80 ans, lorsque la mort s’approche de notre vie, il y a un sentiment qui s’exprime souvent : celui de ne pas avoir eu assez de temps. Car en une phrase, la certitude de bénéficier de jours ou de semaines pour dire ou faire se voit balayée par la sensation d’avoir laissé le temps filer sans pouvoir le rattraper. Or, l’imminence de notre mort n’accélère pas le temps qu’il nous reste.
Puisque de notre naissance à notre mort, chaque minute de notre vie dure toujours 60 secondes. Cette sensation de perte de contrôle repose donc sur quelque chose de plus personnel. Un sentiment propre qui trouve peut-être sa source dans l’intimité de l’histoire de notre vie.

Se pourrait-il alors que le plus significatif dans l’idée de « mourir tranquille » soit la tranquillité ?

Car après tout, la tranquillité se nourrit de l’harmonie. Elle traduit cet équilibre parfait où rien ne pourrait trouver meilleure place. Elle formalise cet instant de grâce qui nous met face à la beauté : la réponse à notre idéal.
Ainsi, en énonçant « après avoir vu ça, on peut mourir tranquille », le journaliste nous livre sa vision de sa perfection : la sensation d’avoir été au meilleur endroit, en conscience, et surtout d’avoir su retenir les sensations de cette expérience pour n’en garder que le meilleur.
Une somme d’émotions, de sensations, de pensées exprimée publiquement et sans retenue pour partager avec nous son sentiment d’accomplissement.

Et c’est peut-être là, que nait notre part de peur concernant notre propre mort ? Dans le fait de ne pas être allé jusqu’au bout, d’avoir manqué un morceau. Un sentiment qui active alors le besoin d’en vivre encore un peu pour remplir les vides, compenser les manques. Le besoin de réviser ou de remplir certaines des pages de notre propre récit pour rendre l’histoire plus jolie.

L’appartenance, le pouvoir, la rencontre, le mérite, l’empathie, la contemplation, le partage, la renommée, l’excellence, la reconnaissance, la transmission sont autant d’éléments qui participent à consolider notre sentiment d’accomplissement.
Un développement intrinsèque construit dans les détails du temps que nous nous offrons, pour nous autoriser – avec indulgence et bienveillance – à essayer, nous tromper et recommencer. Un cheminement personnel qui répond à notre quête de sens.
Pour que le doute laisse alors place à l’évidence car, ici et maintenant, nous sentons que nous sommes au parfait endroit, au moment idéal. Un sentiment d’accomplissement qui nous amène à reconnaître à notre manière : « Je crois qu’après avoir vu ça, on peut mourir tranquille. Enfin, le plus tard possible, mais on peut… ».

L’accomplissement facilite l’accès à l’idée de notre propre mort pour ce qu’elle est : une part de notre vie.

Alors, tant que les minutes sont encore composées de 60 secondes, et que nous sommes capables de nous en rendre compte, nous avons du temps. Car ici et maintenant, sans nul doute possible, nous sommes vivant.e.s.

Philici Neff Moreira
Sophrologue

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